C’est un exercice émouvant auquel je me prête aujourd’hui. On dit souvent que l’odorat est le sens qui a la mémoire la plus tenace, et c’est terriblement vrai. J’avais envie d’écrire ce grand article sur les parfums qui jalonnent ma vie, comme des petits cailloux blancs olfactifs semés le long de mon histoire.
Je précise tout de suite : il en manque ! Mon Lolita Lempicka adoré n’est pas là, mais il y a tellement à dire que je lui réserverai peut-être un autre article ou dans le cadre d’une autre sélection. Ici, je voulais me concentrer sur ceux qui sont liés à des moments charnières, des visages aimés, des lieux précis. Pas de formules toutes faites ici, juste mes souvenirs et mon nez.
L’adolescence pétillante : Benefit et la découverte
Tout commence avec un souvenir précis, celui de mon oncle me tendant un paquet. Je devais avoir 13 ou 14 ans. À l’intérieur, un parfum qui ressemblait beaucoup à Laugh with me Lee Lee de Benefit. C’était mon tout premier « vrai » parfum. Mais impossible de me rappeler de la référence !
Si j’ai oublié le nom exact sur le moment, l’odeur, elle, est gravée : elle est jeune, fraîche, joyeuse, une véritable capsule temporelle des années 90/2000. J’avais même vidé le flacon jusqu’à la dernière goutte, amusée par ses illustrations et ses petites annotations rigolotes. C’est un parfum qui ne se prend pas au sérieux, un cocktail vivifiant de melon, d’agrumes et de cassis en tête qui laisse ensuite place à un cœur floral de jasmin et de violette. C’est l’insouciance en bouteille.
Les années lycée : la pureté de Noa Cacharel
Ensuite, mes années lycée ont été marquées par une petite bille nacrée flottant dans un flacon tout rond : Noa de Cacharel. Rien que de regarder la bouteille, je ressentais quelque chose de pur, presque innocent.
C’est un parfum qui me fait beaucoup de bien. Il est frais, léger, mais présent. Il m’évoque les premiers amours, les fous rires avec les copines, et ces fêtes à gogo où l’on refaisait le monde et danser à en perdre haleine. Noa, c’est un cocon de muscs blancs et de pivoine, relevé par une note surprenante de café et d’encens qui lui donne du fond. Il porte un message d’espoir, l’idée qu’on peut changer le cours des choses. C’était ma bulle de sagesse et de douceur au milieu du tourbillon de l’adolescence.
Le chapitre de Maman : l’émotion à fleur de peau
Il est impossible de parler de parfums sans évoquer ceux de ma maman. Écrire ces lignes est un peu plus difficile, car elle n’est plus là aujourd’hui, mais ses parfums la rendent éternelle.
Il y avait d’abord Bois de Farine de L’Artisan Parfumeur. Un parfum incroyable, rare. C’est l’odeur de l’arbre Ruizia Cordata de la Réunion. Il a ce côté farineux, amandé, presque comme une pâtisserie fine mais sans le sucre écœurant. L’iris donne une illusion de noisette… C’est un parfum « doudou », minimaliste et moderne dont je suis dingue.
Et puis, il y a Herba Fresca (Aqua Allegoria) de Guerlain. Celui-ci, c’est un coup au cœur immédiat. C’est l’été qui explose. Je ferme les yeux et je nous revois : toutes les deux, séances de bronzette dans le jardin à Honfleur, nos promenades vers le vieux bassin, le lèche-vitrine dans les petites boutiques pavées… C’est une odeur d’herbe coupée perlée de rosée, de menthe fraîche, de thé vert. C’est tonique, c’est le soleil, c’est la vie. Et c’est tellement elle.
Pour ses moments plus chics, lors de nos balades à Deauville, Rouen ou Paris, elle portait le N°19 de Chanel. Un parfum audacieux, le dernier lancé par Gabrielle Chanel elle-même. C’est un mélange de notes vertes fusantes (le galbanum) et de poudré (l’iris). Il a du caractère, il est « classe » sans être ostentatoire.
L’amour et la transmission : Petite Chérie
L’amour s’est aussi invité dans ma collection grâce à ma moitié, qui m’a offert Petite Chérie d’Annick Goutal. J’avais craqué pour sa note de poire juteuse absolument irrésistible.
Ce qui est beau, c’est l’histoire derrière : Annick Goutal l’a créé pour sa fille Camille. C’est une caresse de rose et de poire dans un cocon de vanille. C’est le parfum de la transmission mère-fille par excellence, ce qui résonne particulièrement en moi. Ma mère le portait également beaucoup ce parfum…
La vie étudiante : shopping et sensualité
On retourne à mes propres flacons avec le grand classique J’Adore de Dior. En photo c’est l’L’Essence de Parfum, car j’ai terminé l’original il y a belle lurette ! Pour être honnête, je trouve cette version un peu moins réussie ; on perd cette luminosité incroyable du bouquet floral original (ylang-ylang, rose damascena, jasmin) que j’aimais tant. D’ailleurs, chez Dior, le Addict a aussi mes faveurs ! On en reparle dans un autre article 😉
Mais le vrai parfum de ma vie d’étudiante, celui qui a « fait » mes années au Havre et à Rouen, c’est Deep Red de Hugo Boss.
Ah ! Le centre commercial René Coty, les après-midis entiers passés au Printemps à Rouen et les soirées salsa et cie… C’était ma passion. Deep Red, c’est le parfum des femmes qui se révèlent la nuit (ou qui rêvent de le faire !). Clémentine, orange sanguine, gingembre, vanille… C’est envoûtant.
Petite parenthèse mode : j’ai vu passer des sacs Hugo Boss en cuir sur Vinted à des prix très sympas, et ils sont magnifiques, ça m’a rappelé cette époque.
Je le trouve cependant moins puissant aujourd’hui que dans ma première bouteille, mais il garde cette aura de liberté.
La passion gourmande : rouge et pomme
Impossible de ne pas citer Amor Amor de Cacharel. Lui aussi a beaucoup accompagné mes années lycée. C’est une petite grenade rouge qu’on dégoupille ! C’est le parfum du coup de foudre, hyper gourmand avec ses fruits rouges, son cassis et son orange sanguine. Il a ce côté « philtre d’amour » caramélisé qui rend accro.
Et pour finir sur une note tout aussi gourmande, l’incontournable Nina de Nina Ricci. La fameuse pomme. J’ai aimé son côté acidulé (citron vert, citron Caipirinha) qui fond dans le praliné et la pomme d’amour. C’est une friandise olfactive qui a vu naître plein de versions, mais l’original reste une madeleine de Proust sucrée.











